Recensions
L’éducation de l’enfant à l’amour et à la sexualité : la responsabilité parentale…
Armand Savard, C.Ss.R.

En 1989, Mme Solange Lefebvre-Pageau publiait un ouvrage intitulé; ACCUEILLIR MON ÊTRE SEXUÉ – UNE DÉMARCHE D’INTÉGRATION. C’était un genre de manuel destiné aux élèves des 3 premières années du Secondaire et qui pourrait s’avérer très utile aux éducateurs et aux parents dans l’accompagnement des adolescent(e)s vers l’intégration de leur sexualité. Les cours comprenaient 28 chapitres groupés autour de trois divisions: Acceptation de mon identité sexuelle, Accueil de mon être sexué, Intégration de mon être sexué.
Ces cours à mon avis, constituaient une véritable réussite tant au point de vue de la présentation et de la qualité de l’information, qu’au point de vue de la progression et de la cohérence dans la démarche envisagée.
Mme Lefebvre-Pageau projetait la composition d’un autre volume visant à étendre l’éducation sexuelle, respectueuse de la vision chrétienne et du concept santé, aux élèves de 4e et 5e Secondaire. Une série de circonstances l’amenèrent à mettre de côté ce second projet pour lui en substituer un autre, qui s’adresserait aux parents et aborderait L’ÉDUCATION DE L’ENFANT À L’AMOUR ET À LA SEXUALITÉ. Elle voulait par là aider les parents à exercer la responsabilité qui est la leur à l’égard des enfants de 0 à 6 ans, puis de 6 à 11 ans. En définitive, elle rappelait les premiers fondements de cette éducation à l’amour et à la sexualité qui sont d’une importance capitale et qui permettront aux adolescent(e)s une intégration harmonieuse de leur être sexué et un épanouissement progressif de leur vie amoureuse dans le mariage.
L’ÉDUCATION DE L’ENFANT À L’AMOUR ET À LA SEXUALITÉ comprend trois parties. La première partie intitulée: Le fondement spirituel et humain de l’amour et de la sexualité constitue une introduction générale. Elle s’inspire d’une vision chrétienne du couple et de l’enfant. Création du Couple et sa vocation. (ch. 1): – L’accueil inconditionnel de l’enfant – , rêve et gloire de Dieu (ch. 2). Elle indique deux besoins essentiels de l’enfant, la tendresse et l’intimité (ch. 3). Puis elle situe l’enfant face au mystère sexuel (ch. 4). au mystère de l’amour (5), au mystère de la complémentarité des sexes (ch. 6).
À remarquer que cette introduction générale ne se contente pas d’aligner des principes. Elle suggère en même temps des attitudes, des comportements concrets, en vue de répondre aux besoins et aux situations de l’enfant dès les premières phases de son développement. Ce qui fait ressortir que la responsabilité parentale face à l’amour et à la sexualité de l’enfant débute avec les premiers mois de son existence et devra s’exercer par la suite, en tenant compte de son évolution. Je suis impressionné par l’insistance de Mme Lefebvre-Pageau sur le respect auquel l’enfant a un droit inaliénable comme personne humaine et comme fils ou fille de Dieu.
Dans sa seconde partie, L’enfance: l’étape cruciale de l’apprentissage, l’auteure nous offre d’abord une étude sur – Le développement des sens de l’enfant (ch. 7), – Les parents ont à veiller à favoriser chez l’enfant le développement de ses sens. À partir de quand ? Pourquoi et comment ? -(p. 67.) chapitre remarquable sur ces dons de Dieu que sont les sens. On s’arrête à considérer chacun d’eux pour mieux percevoir les richesses qu’il porte et la façon de le stimuler dans son développement harmonieux.
– Le développement du coeur de l’enfant – (ch. 8) me parait être un petit chef-d’oeuvre. Impossible de résumer. Le coeur est le lieu où se vivent: – le dialogue intime avec soi-même, – le dialogue intime avec Dieu, – l’option fondamentale pour Dieu. Développer son coeur, pour l’enfant, cela signifie apprendre – à l’écouter, – à s’épanouir selon le désir de Dieu, – à devenir semblable à Dieu dont il est l’image. Telle est l’oeuvre de toute la vie. (p. 87.) – Il est important que le coeur de l’enfant baptisé à la foi chrétienne soit profondément imprégné par ses parents du sens religieux qui l’amènera à entrer en contact avec Dieu. (p. 92.)
Les derniers chapitres de cette seconde partie présentent des formes concrètes du respect pour la personne de l’enfant. Le développement du privé intime – (ch. 9) veut éduquer l’enfant au sens de l’intimité personnelle où nul ne peut pénétrer (pas même les parents) sans autorisation. – La préparation du difficile combat de la pureté (ch. 10) suppose une éducation à la pudeur et l’attirance vers des modèles concrets de pureté – La discipline de l’amour – (ch. 11) s’acquiert graduellement par le passage du plaisir au réel et l’appel au dépassement de soi-même par de petits efforts constants. Chapitre important que celui de la préparation de l’étape de la puberté (ch.12). L’enfant de 10 à 12 ans doit apprendre à accepter son identité sexuelle et à développer un regard et un coeur purs qui, tout au long de sa vie, lui permettront d’établir des relations saines et de se préparer à assumer dans la dignité la vocation qui lui est destinée.
La troisième partie du volume est consacrée à La famille, l’école de la vie, on y retrouve des réflexions d’une grande actualité. – Vivre en paix sa prime enfance (ch. 13) souligne d’abord le fait que, dans notre société actuelle, le jeune enfant est – bousculé – et ne peut jouir de – la conduite insouciante et spontanée qui le caractérisait autrefois – (p. 141). Ce dont a besoin l’enfant de moins de 6 ans… c’est de connaître et de goûter la vie familiale – (p.142) L’initiation à la vie familiale – (ch. 14) souligne l’importance d’apprendre à vivre avec frère(s) et soeur(s), à accueillir cousins et cousines, mais surtout de s’épanouir dans un milieu familial harmonieux.
Les deux derniers chapitres constituent un appel pressant à la responsabilité parentale. – Nous sommes encore des enfants – (ch. 15) invite les parents à prendre soin de leur enfant – comme de la prunelle de leurs yeux – parce qu’ils ont besoin de protection et ont droit à la sécurité. – Le grand défi des parents – (ch. 16), c’est d’être disponibles à leur enfant et de protéger chez lui l’esprit d’enfance.
En Conclusion, Mme Lefebvre-Pageau affirme que dans notre monde en crise, parents, grands-parents et proches croyants doivent approfondir le véritable sens de l’éducation intégrale de l’enfant baptisé et favoriser le développement harmonieux de son être total. Dès sa tendre enfance, il est appelé à être et à vivre comme son parfait modèle: Jésus!
Puisse cette modeste recension vous faire entrevoir l’actualité et la richesse de L’ÉDUCATION DE L’ENFANT À L’AMOUR ET À LA SEXUALITÉ. La présentation claire et structurée adoptée par l’auteure en rend la lecture facile voire même passionante.
Armand Savard, C.Ss.R.
Revue Saint Anne, mai 1998, p. 222
Accueillir mon être sexué – Une démarche d’intégration
Monique Brunel

Un journal régional de Lachute racontait, il y a quelque temps, qu’une infirmière visitant des classes de 6e année avait constaté à sa grande surprise que la majorité des garçons et filles de 12 ans ne savaient aucunement à quoi servent les seins de la femme. Dans un monde où la relation sexuelle elle-même est dissociée de l’amour et de la fécondité, faut-il s’étonner que des adolescents ignorent tout de l’allaitement d’un nourrisson ?
D’autant plus que le même article faisait état de parents qui, en guise d’initiation sexuelle, n’avaient rien trouvé de mieux que de passer des revues pornographiques à leurs enfants!
Espérons qu’il s’agit de cas exceptionnels ! Reste qu’en matière d’éducation sexuelle, beaucoup de parents se sentent complètement dépassés et abandonnent la partie, se fiant à l’école et à la société. Pendant ce temps, les jeunes se plaignent de recevoir une éducation sexuelle uniquement préventive, comme si la vie sexuelle se réduisait à éviter grossesses et MTS.
Dans un tel contexte, quelle joie de voir une mère d’adolescentes réagir et décider de mettre sa compétence au service des jeunes et des parents insatisfaits, comme elle, des manuels d’éducation sexuelle proposés au Secondaire. Bien sûr, Solange Lefebvre-Pageau ne part pas de zéro. Infirmière et enseignante, elle s’est efforcée pendant dix ans de faire saisir à des étudiant(e)s de CEGEP la beauté et la noblesse de leur être sexué, et de le leur faire accueillir comme un merveilleux cadeau du Créateur. Avec persévérance, elle a essayé de leur inculquer le sens de l’amour comme «une haute exigence, une ambition sans limite», selon les paroles de Rainer Maria Rilke.
Puis elle s’est résolument mise à la tâche pour rédiger, éditer et financer un magnifique cahier d’enseignement micro-gradué qui vient de paraître: ACCUEILLIR, MON ÊTRE SEXUÉ, une démarche d’intégration (192 p., 21 x 29 cm), enrichi d’illustrations-couleurs d’une grande clarté, signées Ildiko Agatha Horvath. Ce manuel implique l’accompagnement d’un parent ou d’un éducateur capable d’appuyer la démarche d’intégration proposée au jeune. Mais c’est déjà en lui-même un ouvrage constructif qui offre aux étudiants(e)s de Secondaire I, II et III (à qui il est spécialement destiné) des connaissances scientifiques envisagées dans une optique résolument chrétienne, souvent liée explicitement à l’enseignement de l’Évangile.
Merci à Solange pour ce travail de foi, de longue patience et de haute compétence, «écrit à la lumière des dimensions biologique, psychologique, sociale et spirituelle de la personne» ! Si les adolescents(e)s sont invités à conserver «précieusement ce volume qui, tout au long de leur vie, leur apportera lumière, motivation et force pour harmoniser leur vie sexuelle au projet d’amour du Créateur», les parents eux-mêmes aimeront y trouver les réponses et les mots pour parler à leurs enfants qui grandissent!
Monique Brunel
Bulletin SIGNES, Centre Leunis, 4100, av. de Vendôme, Montréal, Canada H4A 3NL
Octobre, novembre, 1989 – Volume N°1
Christiane et Pierre SOLINAS
Cet ouvrage d’éducation sexuelle était attendu depuis longtemps. Rédigé par Madame Solange Lefebvre-Pageau. Mère de famille, infirmière et professeur, soutenue par le Dr Marie Grenier, présidente du mouvement Billings au Québec, ce volume s’adresse aux douze-quinze ans, c’est-à-dire aux élèves du premier cycle du secondaire. Cet ouvrage était attendu parce qu’il permet une véritable éducation sexuelle des jeunes adolescents: «Du côté affectif et sexuel en particulier, il doit être guidé et pas seulement informé comme si tout était indifférent et sans conséquences. Le jeune a aussi une dimension spirituelle.»
Ce livre de santé physique, psychologique et spirituelle, pétri par l’expérience de son auteur, s’adresse à la personne entière, respectant son corps et son âme, la situant dans le plan de Dieu et de sa création, et l’appelant à sa vocation dans l’Amour, montrant aux jeunes la beauté complète de leur être, hommes et femmes… images de Dieu… C’est en se respectant que les deux sont invités à aimer Dieu.
«Accueillir mon être sexué» possède l’avantage d’être conçu en enseignement micro-gradué qui est une méthode d’auto-apprentissage (l’étudiant complète la phrase par un mot manquant, essentiel à la compréhension de l’énoncé). Ainsi le jeune travaille à son propre rythme, de façon active, avec la matière, seul ou en équipe, selon ses besoins. Ce volume peut aussi faciliter la tâche des parents quelquefois timides en ce qui concerne l’éducation sexuelle, ou aux prises avec un adolescent en crise d’autonomie.
C’est un ouvrage très bien ordonné qui se donne trois objectifs à atteindre selon les trois années concernées du secondaire, en suivant l’évolution de l’adolescent. En première partie, le jeune est invité à accepter son identité sexuelle (homme ou femme) devant les grandes transformations de la puberté En deuxième partie, les transformation physiques importantes étant terminées, le jeune est appelé à découvrir la nature et la vocation de sa personne. C’est-à-dire cette nouvelle réalité inscrite en lui: la fécondité. Enfin, en deuxième année, l’auteur veut lui montrer que cette fécondité est le fruit de la grande vocation de l’amour humain.
Ce manuel d’éducation sexuelle est un trésor puisqu’il ne dissocie pas amour et fertilité. Il apprend à l’adolescent à être responsable de sa fertilité, au lieu de la nier, et ce autant pour le garçon que pour la fille. Le garçon peut ainsi mieux se préparer à comprendre une femme et à la respecter dans sa grandeur.
Acceptation de mon identité sexuelle
À l’heure où l’homosexualité est présentée comme une option sexuelle comme une autre, l’auteur, s’adressant à des jeunes en pleine transformation physiologique et psychologique, insiste sur la nécessité de bien définir son appartenance à son sexe: homme ou femme. Ce sont des leçons de physiologie (anatomie), illustrées de schémas réalistes et sobres. L’auteur dépasse cependant la biologie, replaçant l’adolescent dans son milieu de vie: ses parents, l’ayant accepté à sa naissance comme fille ou garçon selon le cas, peuvent lui être d’un grand soutien dans cette période de transformations; les amis, occasion de découvrir qu’il n’est pas seul à vivre cette période. L’auteur use de psychologie en invitant le jeune à ne pas se replier dans cette période difficile de sa vie. Elle le déculpabilise, tout en le replaçant dans la droiture concernant les nouveaux désirs qui s’éveillent en lui (garçon et fille se découvrant l’un et l’autre). Elle donne aussi le goût d’être en santé pour bien traverser cette période (sommeil, alimentation …).
Accueil de mon être sexué
En cette deuxième année du secondaire, l’auteur enseigne le mécanisme de la reproduction humaine en faisant prendre conscience de la fécondité acquise. La pilule et le condom sont vus comme niant la sexualité, en plus d’être néfastes pour la santé physique et psychologique. Le cycle féminin est enseigbé selon les signes de la glaire, essentielle à la fécondité. Elle invite les jeunes à penser à fonder une famille dans leur jeunesse puisque le viellissement peut entraîner des difficultés. Le garçon découvre qu’il transmet la vie et que la fille est conçue pour la porter, d’où la délicatesse qu’il lui doit. Concernant la grossesse, l’auteur montre que c’est un enfant qui se développe et que l’homme doit sécuriser sa femme dans cette grande mission pour le bien-être des deux.
Dans cet excellent chapitre: «Le désir de l’adolescente d’avoir un enfant»., I’auteur cherche à contrer le problème des grossesses chez les adolescentes en leur faisant prendre conscience des risques et des difficultés que représente cette situation. Elle encourage la générosité de l’adolescente en lui suggérant de se donner aux autres (gardiennage…) en attendant le grand don d’elle-même. Donc, dans cette deuxième étape, les jeunes découvrent qu’ils sont sexués pour se compléter en formant un couple, et pour rendre féconde cette nouvelle entité par la génération d’un enfant.
Intégration de mon être sexué
Après avoir posé les bases physiologiques et psychologiques de la sexualité, l’auteur traite de la relation sexuelle. C’est ici qu’elle présente l’amour humain dans le plan de Dieu dont la relation sexuelle est l’expression du don mutuel des époux. Cette relation n’est pas une question de performance dans le plaisir, mais un épanouissement des personnes. L’auteur n’est pas tiède dans la présentation de la dimension spirituelle du couple. Situant le désir de l’autre dans le plan de Dieu, elle invite à la pureté du coeur et la fidélité, plutôt qu’à la convoitise et à la possession de l’autre. Elle invite à suivre l’enseignement de Jean-Paul II et sa théologie du corps et à fréquenter les sacrements. pour recevoir la force de Dieu dans la préservation de soi en attendant l’engagement total dans le mariage.
L’amour est présenté comme une épreuve difficile; il y a un effort à fournir pour être heureux. Faisant appel au désir de dépassement et d’idéal qui anime tout jeune, elle conseille aussi la prudence, l’humilité et la pudeur.
Ce livre très riche présente une vision chrétienne et positive de la sexualité, car il encourage au don de soi, voie du vrai bonheur. Toutes les réalités de cette éducation sexuelle sont orientées vers une même fin, l’amour fécond, inscrite par Dieu dans la création. On s’élève bien au-dessus de l’aspect mécanique de l’acte sexuel. C’est un ouvrage de sexualité droit et complet, mais pas du tout sévère même s’il fait prendre conscience au jeune de sa grande responsabilité envers lui-même et les autres, puisqu’il peut transmettre la vie. Avec cet ouvrage, on ne se sent plus démunis comme parents pour former ses enfants et en faire des gens équilibrés et heureux d’aimer. Un grand merci à Madame Solange Lefebvre-Pageau.
Christiane et Pierre SOLINAS
L’Homme Nouveau du 5 novembre 1989
